Production Collective

Vendredi 30 septembre 2005

1. Viser une convergence du concept et la mobilisation (ou co-élaboration) d’un cadre théorique éclairant et soutenant l’innovation en FOAD.

 
D’entrée de jeu, la définition même d’un dispositif introduit au débat. La mobilisation du concept de dispositif pour agréger ou associer innovation pédagogique et campus numérique pourrait mener à une utilisation du terme trop réductrice.  Pour nous, l’utilisation du terme dispositif permet d’abord de relever le fait qu’il ne s’agit pas d’un élément, d’un outil, d’une activité de formation mais plutôt de l’ensemble des composants du système….  Au sens systémique du terme intégrant les acteurs et le contexte à différents niveaux.
 
Page 7 du projet : «  Nous choisissons en effet de définir le dispositif comme un campus numérique suscitant un ou des processus d’innovation pédagogique ».
 
Dans l’association proposée d’innovation pédagogique – campus numérique, la richesse du systémique y est perdue au profit de l’innovateur qui n’est pas un élément stable et universel…sur lequel on peut généraliser… Dans la recherche d’un cadre théorique qui s’applique à l’ensemble des projets de campus numérique, une telle imposition de l’innovation à la définition épistémologique du système de formation m’apparaît causé plus de problèmes qu’elle en résout.  Un certain nombre de critiques ont été portées à juste titre (Choplin et Jacquinot) au concept de dispositif proposé par Peraya dans le numéro spécial Hermès consacré à la définition de concepts, « une instance, un lieu social d'interaction et de coopération possédant ses intentions, son fonctionnement matériel et symbolique enfin, ses modes d'interactions propres ». L'économie d'un dispositif - son fonctionnement - déterminée par les intentions, s'appuie sur l'organisation structurée de moyens matériels, technologiques, symboliques et relationnels qui modélisent, à partir de leurs caractéristiques propres, les comportements et les conduites sociales (affectives et relationnelles), cognitives, communicatives des sujets » (Peraya 1999: 153). Ce qui manquait à cette définition était sans nulle doute la dimension innovation. Celle-ci a été réintroduite dans un modèle plus complexe, le modèle ASPI en interaction avec le travail IntersTICES  (Viens 2004, Viens et Peraya, 2004 ; Peraya et Jaccaz, 2004 ; Peraya et Viens, 2005 à paraître). L’idée de base est d’intégrer la dimension innovation et son pilotage dans une démarche complexe où la description dans une perspective systémique constitue un instrument indispensable à la démarche de pilotage de l’innovation. Le maintien de ces dimensions dans leur différences et dans leur articulation mérite d’être maintenue.
 
Mais qu’est-ce que l’innovation pédagogique ? La définition offerte en page 6 est intéressante et nous rejoint. « Pas seulement les nouveaux objets… mais des processus complexes. » Le recours au terme dispositif souligne plus fortement le potentiel d’analyse de la formation selon plusieurs perspectives : les acteurs, le processus de développement/implantation, qu’il s’associe à un caractère innovant. Un dispositif innovant peut être utiliser de façon très traditionnelle et vice et versa. Mais pour bien l’analyser, on doit adopter de multiples perspectives et prendre en comptes plusieurs dimensions : les acteurs (leurs points de vue, rôles compétences, cultures…), l’état de développement du dispositif dans un cycle de développement/implantation, les finalité et objectifs du dispositif, le contexte de réalisation, etc… Ce qui rend, de notre point de vue, nécessaire une description cohérente du dispositif.
 
Nous ne sommes pas prêts à attribuer à un « environnement », « programme », « kit » de formation une position épistémologique immuable… celle de l’innovation pédagogique. L’innovation n’est pas une valeur intrinsèque à un dispositif, mais son caractère systémique l’est. A mon avis le caractère innovateur fluctuera énormément selon le contexte et les acteurs.  L’innovation est un processus qui transforme les dispositifs. Dans l’analyse de ce processus, le concept de « stabilité provisoire » (Learn-Nett, voir Charlier, Bonamy et Saunders in Charlier et Peraya, 2003) nous paraît très opérationnel. On pourrait d’ailleurs faire l’hypothèse suivante : les dispositifs technopédagogiques innovants, dont les campus numériques, prennent assurément aujourd’hui la forme de dispositifs hybrides. Certaines de ce formes d’hybridation pourraient sans doute être prototypiques de certaines étapes, de certaines de ces stabilités provisoires que l’on pourrait référer aux  modèles d’innovation plus classiques et aujourd’hui assez bien documentés, par exemple ceux de Chin, Savoie-Zajc, CBAM, etc…
 
Donc la définition d’un cadre théorique devrait impliquer une négociation du sens des concepts entre nous. A cet égard, le modèle IntersTICES (et d’autres) fourni un point de départ à une formalisation du caractère innovateur et systémique d’un dispositif de type campus numérique.  Cette formulation a été réalisée dans la perspective de servir d’objet de discussion, de point d’ancrage conceptuel pour questionner les représentations, les habiletés, les ressources, les attitudes et les pratiques des acteurs (quels qu’ils soient) dans le but de converger vers une vision et une actualisation convergente du dispositif et de son potentiel pédagogique. Nous abordons ces objets d’interactions, de réflexion et de négociation la culture des acteurs.
 

2- L’utilisation du cadre (ou modèle) théorique, son application et son appropriation par l’ensemble des acteurs. D’IntersTICES à GIRAFE.

Nous avons essayé de faire émerger des activités d’IntersTICES une modélisation des facteurs influents et du processus de planification d’un dispositif de formation numérique qui permette de co-construire le dispositif et de le co-vivre… Dans cette perspective, le GIRAFE (groupe interuniversitaire de recherche sur l’apprentissage et la formation eLearning constitue le prolongement des initiatives et des résultats d’InstersTICES. Voici quelques questions qui semblent porteuses ? Ce modèle est-il compris et utilisé de la même façon par l’ensemble des acteurs ? Peut-il servir à favoriser une convergence de la culture TIC des acteurs (représentations, habiletés, attitudes, pratiques) et du dispositif produit/mis en place/utilisé ? Est-ce un objet sur lequel la communauté veut/peut tabler pour avancer ? De nouveaux objets sont-ils requis pour stimuler la participation des acteurs ? Par exemple, un inventaire des pratiques exemplaires ? Comment les nouveaux objets d’échange s’arriment-ils au modèle IntersTICES ? GIRAFE permet de jeter un coup d’œil longitudinal sur le produit d’IntersTICES puisqu’il en est l’élément essentiel. Mais comment chaque acteur s’est-il, peut-il, s’approprier ce modèle ? Quelles appropriations en sont faites et quelles actualisation/utilisation dans la pratique ?  L’approche communauté de pratique qui a permis de mettre sur pied le GIRAFE peut-elle se développer et se poursuivre dans un contexte interinstitutionnel qui implique plusieurs universités de milieux différents ?  Les différences de contexte et de finalités institutionnelles sont-elles des obstacles incontournables ?
 
GIRAFE s’intègre à l’étude des dimensions espaces-temps principalement dans la perspective de l’évolution de la culture des acteurs et du processus de développement/implantation du dispositif. Quels espaces-temps, quels moments, quels lieux permettent aux acteurs d’actualiser et de tirer profit de la communauté de pratique GIRAFE. Quels niveaux d’acteurs y participent et à quel niveau de périphérie… (Les gestionnaires du CVS, les profs, les acteurs des centres locaux, les étudiants, etc.) ?
A mon avis, l’étude des espaces temps serait enrichie si on y ajoute une analyse systématique des : objets, processus et produits, des activités de la communauté et des dispositifs de formation produits. Mais ce questionnement sur l’objet empiète sur la troisième dimension du projet. Comment les articuler ?
 
La dimension des collectifs pose la question des regroupements et différences de perspectives, voire d’enjeux, selon les groupes d’acteurs. Elle est au centre de la mise en place et de la pérennité du GIRAFE. Les relations entre ces différents collectifs ainsi que  leur implication/participation dans la vie du dispositif et de la communauté est au cœur même du modèle proposé. Les chercheurs, les équipes de soutien, les chef de projets, les profs, etc. ont chacun leur monde, peuvent-ils se rencontrer ? Dans quelles conditions ? Le modèle IntersTICES et le collectif de formation GIRAFE se développent de quelle manière ?
 
Rappelons que les objectifs d’IntersTICES et de GIRAFE sont de soutenir le développement de dispositifs eLearning qui tirent profit des TIC, qui innovent mais aussi et peut-être encore plus, soutiennent le développement et la convergence d’une culture plus riche du eLearning dans l’enseignement supérieur.
Par Paquelin
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Samedi 1 octobre 2005
La recherche d’une didactique du multimédia interactif
  
Nous proposons un axe de recherche intitulé « didactique du multimédia interactif » qui voudrait montrer les articulations entre les modèles théoriques en didactique et le champ pratique de la conception de cours à distance.
Nous souhaitons nous appuyer sur la théorie de la transposition didactique pour regarder les cours proposés via les interfaces interactives multimédias à distance et celle du contrat didactique pour regarder les échanges générés en fonction de la structuration des cours.
Nos recherches (Audran & Simonian, 2003 ; Ravestein & Simonian, 2003 ; Ciussi & Simonian, 2004) montrent que l’interdépendance entre la structuration générale des cours et les modes de communication (ou d’échange) est indispensable. Les stratégies des cours en présentiel (cours magistraux, travaux dirigés,  jeux de rôle, etc.) témoignent de cette nécessaire consubstantialité alors qu’elle semble quasi-occultée dans les situations de formation en ligne, à la fois dans des cours tout en ligne et dans des cours complémentant une formation en présentiel.
Si aujourd’hui les obédiences communicationnelles semblent prendre le pas sur les obédiences informationnelles et surtout didactiques dans le monde du E-Learning, c’est peut-être que les recherches observant leur dépendance ou indépendance restent rares. Les stratégies de cours en ligne s’orientent davantage vers des ressources disponibles en bloc, avec comme parti pris pédagogique que l’apprentissage résulterait seulement de la recherche d’informations, de leur échange et de leur partage.
Dans ce contexte théorique assez surprenant qui ignore que la construction d’un cours exige un effort de didactification et qui se fonde seulement sur l’hypothèse forte que le « transfert réflexif » véhiculé par les échanges apprenant(s)-apprenant(s) et apprenant(s)-tuteur(s), peut suffire à l’apprentissage, nous souhaitons rechercher quant à nous les indicateurs de la dépendance entre la structuration d’un cours en ligne et les stratégies collectives d’apprentissage (travail collaboratif, travail coopératif, régulation).
Nous regarderons donc les rapports d’un apprenant et/ou d’un groupe d’apprenants à des objets de savoir à partir du point de vue de la transposition des cours en ligne, en particulier leur structuration générale et leur déploiement sur le temps didactique. Nous rechercherons des liens possibles entre tel type de transposition et tel type d’échanges.
Nous pouvons déjà présenter une typologie de cours en ligne (Simonian, 2004) intégrant des scénarios pédagogiques, soit centrés sur l’autoformation (principe des structurations séquentielles des cours de type table des matières), soit sur le travail collectif (principe des structurations non séquentielles de cours basés sur une tâche à réaliser ou une situation problème).
Les échanges au sein d’un cours en en ligne ont été catégorisés (Audran & Simonian, 2003 ; Ciussi & Simonian, 2004) selon quatre types d’échanges : les échanges techniques, les échanges de compréhension de contenu, les échanges liés à l’évaluation, et les échanges favorisant le lien social. Il semble pertinent de continuer ces travaux en regardant davantage les processus favorisant le transfert d’apprentissage défini au préalable par le concepteur du cours (ou l’expert du contenu). Sur ce dernier point, nous nous référons essentiellement aux travaux de Tricot, Rouet et Bastien. Nous pourrions étudier également les relations entre, d’une part, les objectifs du concepteur du cours et les échanges intervenant pendant un cours en ligne et, d’autre part, les caractéristiques souhaitables pour les interfaces des campus numériques.  Nous pouvons également mettre en perspective certains résultats de la thèse (en cours) de Simonian orientés sur les processus de mémorisation à court terme, de résolution de problème, et de généralisation.
Par Paquelin
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Dimanche 2 octobre 2005
1 – Par rapport aux thèmes et/ou aux terrains, quels sont les problèmes (opérationnels et/ou théoriques) que vous souhaitez résoudre en priorité ?
 
Au plan opérationnel, l’un des enjeux de notre équipe projet est de croiser, hybrider, métisser des approches, des cultures, des pratiques, des repères et des attendus singuliers. En complément de la nécessaire connaissance réciproque des actions et engagements des uns et des autres, il me semble pertinent de traiter de la question du fonctionnement de notre groupe. Construit sur l’affiliation à des projets antérieurs, nous aurons à construire ensemble outils et démarches, d’un collectif qui agira dans une pluralité d’espace-temps. Sans courir le risque d’une démarche introspective permanente, l’un des enjeux de la réussite de notre projet, est à mon sens, l’instauration et la dynamisation de temps spécifiques d’analyse réflexive de notre fonctionnement. Cette préoccupation traduit une nécessaire réflexion sur un double mouvement,  celui de l’engagement individuel et de celui de l’appartenance collective. Quels sont les principes d’action dont nous devons doter notre groupe pour maintenir et développement l’engagement de chacun tout au long du projet ?
Au plan théorique, nous devons maintenir la dimension systémique pour approcher, comprendre la complexité annoncée de ce processus d’innovation. L’approche matricielle proposée vise à articuler les dimensions théoriques et les dimensions pratiques. La question du lien devient dès lors centrale. Pour la traiter, je propose de s’intéresser tout particulièrement à ce qui est susceptible de faire lien dans la construction des usages. Ces « objets » du lien peuvent être matériels, humains, imaginaires, etc. (Star et Griesemer, Flichy). L’une des idées qui me guide peut se résumer comme suit : l’innovation est un processus qui organise l’appropriation considérée comme la construction de sens, selon une dynamique d’ancrage qui tout à la fois permet l’adossement à un existant, et la transformation de cet existant en une novation.  L’identification de ces scripts ou schèmes à l’œuvre dans le processus d’innovation pourrait devenir l’un des objectifs de ce projet. Cette préoccupation est sous-tendue par une hypothèse d’une dynamique sous-jacente de l’innovation qui emprunterait à une forme de sémiogénèse que je qualifierais d’allostérique pour reprendre les propos de Giordan relatif à l’apprentissage.
Parmi les différentes dimensions de ce processus, celle de la temporalité retient tout particulièrement mon attention. Dans de nombreux projets et actions analysés à ce jour, la dimension temporelle de l’action est récurrente. Clarifier cette question de la temporalité de l’innovation est un second objectif que je vise dans ce projet. Un préalable me semble à accomplir, celui de la spécification des différentes temporalités à l’œuvre dans ces processus d’innovation. A ce stade de ma réflexion, je proposerais de différencier les temps actoriels, des acteurs, des temps actanciels, ceux de l’action. Au-delà d’une catégorisation qui différencient les temps longs et les temps courts, il me semble pertinent de spécifier les temps institutionnels, sociaux, biographiques, biologiques, etc. des temps de l’action (conception, réalisation, diffusion, etc.). De plus, leur inter-dépendance, et les tensions potentielles permettront peut-être de comprendre comment les différents espaces sollicités dans ces processus inter-agissent et contribuent peu ou prou au processus d’innovation et à son devenir.
 
 
2 – Quels sont les travaux (opérationnels, empiriques ou théoriques) que vous connaissez et qui vous paraissent susceptibles d’alimenter notre projet ?
Reprendre les travaux sur l’innovation en éducation mais également dans d’autres organisations semble indispensable (Cros, Garant et Bonami, Alter, etc).
Les réflexions et travaux sur le potentiel de situation, l’intelligence de situation sont susceptibles d’apporter un éclairage significatif à notre objet et son traitement (Jullien).
Par Paquelin
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Lundi 3 octobre 2005
Je cherche à analyser les enjeux spécifiques de l’introduction des TIC dans l’enseignement universitaire. Il me semble qu’au delà des projets pédagogiques (par exemple se centrer sur l’apprenant), ce type d’innovation met en question des professions, c’est-à-dire tout à la fois des pratiques professionnelles (notamment le travail autonome), des modes d’institutionnalisation de leurs pratiques, la constitution et la légitimation de ce groupe (ces groupes ?), que d’autres acteurs apparaissent, qui cherchent leur légitimité.
Le concept de dispositif nous paraît central(1). Nous considérerons le dispositif d’enseignement (constitué de dimensions techniques et organisationnelles, d’enseignement mais aussi de gestion), comme l’objet et l’enjeu des stratégies des acteurs concernés par l’innovation.  Foucault nous permet de penser les dispositifs comme des moyens de contrôle. Avec Giddens, nous pouvons penser les dispositifs de communication comme des cadres d’interaction, et donc comme des dispositifs de gestion. C’est pourquoi je souhaite identifier les différentes dimensions des dispositifs mis en place dans les campus numériques. Une étude en cours de rédaction, nous a révélé par exemple que le collège dans lequel l’innovation technique (ordinateurs portables sur réseau wi-fi) s’intégrait, semble-t-il le plus, avait mis en place une stratégie consistant à articuler le réseau de portable au réseau de fixes en mettant l’accent sur les applications des gestion (gestion pédagogique mais aussi administrative).
Je considérerai donc la professionalisation comme enjeu sociologique, qui met en cause les  espace temps traditionnels de la pratique pédagogique, la place de la technique dans leur pratique professionnlle. En cela je me propose d’étudier les caractéristiques, les usages et les représentations qu’ont les différents acteurs concernés des dispositifs, ainsi que leur place dans ce processus complexe, les modes de déconstruction/construction des pratiques. Ainsi nous voyons les enseignants des collèges utiliser plutôt l’ordinateur portable en dehors du temps de cours même, dans des activités transverses, à domicile, en voyage de découverte. La remise en cause du temps de cours lui-même est extrêmement difficile : que ce temps soit contraint par les règles de l’organisation ( règles de discipline, de programme…), ou par la représentation de leur rôle par les enseignants (donner du savoir donc des connaissances). Ces sont ces différentes représentations, constitutives des valeurs clé des enseignants, que nous chercherons à identifier.
Il me semble qu’une comparaison internationale serait fructueuse, qui mettrait en lumière les différences de pratiques, de rôles, construites par l’histoire des institutions dans les pays concernés (par exemple USA ou Grande Bretagne).
Pour cela il conviendra aussi d’avoir connaissance de l’institution universitaire française, de son histoire et de ses orientations actuelles.
Ma participation au réseau d’excellence européen Prolearn favoriserait peut-être cette approche internationale.
Le terrain de Compiègne, « Scénarisup » paraît particulièrement congruent avec la problématique que je souhaite privilégier. C’est en effet en connaissant mieux les représentations et les enjeux des enseignants chercheurs que les modes de collaboration pourrons le mieux s’établir.
L’étude du campus virtuel Suisse par ailleurs à la dimension comparative que je cherche à développer.
Les caractéristiques des deux projets paraissent les plus proches  (pour autant que je puisse en juger correctement).
 

1. S. Craipeau, De la contrainte d’obéissance à la contrainte d’autonomie : l’exemple des groupwares, in Du politique dans les organisations, Boussard V., Maugeri S.(dir), L’Harmattan, 2003

Par Paquelin
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Mardi 4 octobre 2005
1 – Par rapport aux thèmes et/ou aux terrains, quels sont les problèmes (opérationnels et/ou théoriques) que vous souhaitez résoudre en priorité ?
 
Deux problèmes en particulier, engagés par notre projet d’ERTe, me paraissent constituer des défis :
 
1er problème : parvenir à modéliser ou du moins à problématiser le processus en tant que tel de l’innovation. En soulignant « en tant que tel », je cherche à marquer qu’en général on rabat l’innovation et son processus sur des instances ou des points en quelque sorte (l’élève, l’enseignant, les TIC, même les groupes, etc.) et que du coup on manque une problématisation du processus en lui-même. Ne pourrait-on donc s’attacher à forger des concepts qui donnent accès à la spécificité de celui-ci ? Il me semble en tous les cas que la question est centrale dans le projet, du moins dans son volet théorique : les trois thèmes (tels qu’ils sont décrits dans le projet) renvoient tous en effet à un processus, processus de construction des espaces-temps, dynamiques des collectifs, « jeu » suscité par les objets intermédiaires.
Plus précisément peut-être, ce qui me paraît pouvoir/devoir être creusé c’est le lien entre ce processus en lui-même et « l’absence » des acteurs individuels dont témoigne la problématisation proposée dans le dossier (qui privilégie en effet des dimensions qui ne sont ni l’apprenant ni l’enseignant – c’est peut-être son intérêt, c’est aussi probablement un risque).
 
2nd problème : le second défi est plus d’ordre disons épistémologique ou méthodologique : il me semble qu’un défi posé par les ERTe en général est d’inventer des nouveaux modes de collaboration chercheurs-praticiens (rien de moins !). Même si, dans notre projet, plusieurs d’entre nous ont déjà travaillé sur la question ces dernières années (en mettant concrètement en oeuvre ces collaborations), je me demande si cette ERTe n’est pas une occasion de pousser plus avant encore la réflexion et la pratique, ne serait-ce que parce que ce projet vise à la fois à travailler sur des questions potentiellement très théoriques (comme les espaces-temps) et à formuler/résoudre des problèmes très concrets posés par les terrains (finalité première d’une ERTe). Comment combiner ces deux registres d’activité de prime abord bien hétérogènes ? J’aimerai bien pour ma part sortir de l’ERTe avec des éléments significatifs sur cette question.
 
2 – Quels sont les travaux (opérationnels, empiriques ou empiriques) que vous connaissez et qui vous paraissent susceptibles d’alimenter notre projet ?
 
Je propose ici d’associer quelques textes aux deux problèmes proposés en 1.
 
Sur le 1er problème, N. Alter, L’innovation ordinaire, PUF, 2000 me semble constituer une référence très utile. Alter a essayé en effet de problématiser le mouvement, qu’il qualifie de désordonné, de l’innovation (en entreprise) sans le subordonner à un point de départ ou à un point d’arrivée. Dans cette perspective, il met en avant des notions qui paraissent en cohérence avec notre projet : le manque de synchronie ou les dyschronies entre les différentes composantes de l’institution ; l’ambiguïté des collectifs qui se constituent dans l’innovation (au sein desquels les acteurs sont à la fois coopératifs et intéressés). Et puis il soutient que l’innovation peut, voire doit, se passer de la négociation (ce qui entre en tension avec la perspective priviligiée dans notre dossier, en particulier au niveau de la notion de dispositif).
 
D’une façon générale, je parierai bien que, sur cette question du processus ou du mouvement, il va être nécessaire et précieux de sortir du champ des travaux consacrés aux terrains éducatifs. Je pense en particulier à des travaux philosophiques comme ceux de Deleuze ou de Badiou, qui mettent en exergue les processus de de-territorialisation pour l’un (par exemple G. Deleuze, F. Guattari, Qu’est-ce que la philosophie ?, Editions de minuit, 1991) ou les processus de vérité dans lesquels seulement se définissent les sujets pour l’autre (par exemple A. Badiou, L’être et l’événement, Seuil, Paris, 1986). Il y a bien là chez ces deux auteurs matière à subordonner des sujets (apprenants, enseignants, etc.) à des processus – même si ces processus ne sont pas, chez ces auteurs, directement attachés à de l’innovation (et a fortiori à de l’innovation pédagogique).
 
Sur le 2nd problème, je ne connais pas d’autres références que celles mises dans le dossier (dans le § 2.1.). La seule idée qui me vient sur ce point (influencé que je suis par mon nouveau contexte à l’UTC) porte sur la figure de l’ingénieur. Cela surprendra peut-être d’associer l’ingénieur à l’innovation (alors que l’innovation, toujours imprévisible, ne saurait être programmée, ingénierisée, etc.), mais quelques lectures (par exemple Anne-Françoise Schmid : L’âge de l’épistémologie. Science, ingénierie, éthique, Kimé, 1998 ; A. Picon (éd.), L’art de l’ingénieur – constructeur, entrepreneur, inventeur, centre Georges Pompidou, Le moniteur, 1997) montrent qu’avant d’être un acteur centré sur la conception technique, l’ingénieur est peut-être d’abord un acteur qui use et transforme des théories plurielles pour formuler puis résoudre des problèmes à finalité pratique. En ce sens, il constitue en lui-même une forme de « praticien-chercheur interdisciplinaire » qui me paraît pouvoir être interrogée au regard de l’action que va conduire notre ERTe sur chacun des terrains.
Par Paquelin
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